Les médias: agents de changement pour la cause des troubles alimentaires?

Les médias: agents de changement pour la cause des troubles alimentaires?

Melanie Guenette-Robert

Par Mélanie Guénette-Robert, Canada

Depuis des lunes, les troubles alimentaires sont, à tort, automatiquement associés à l’industrie de la mode dans l’esprit de bien des gens. Je vous l’accorde, cela peut sembler sécurisant de pouvoir trouver et nommer une cause au problème, un coupable pour les maux d’autrui. Si seulement c’était aussi simple!

Nous ne le répéterons jamais assez : les troubles alimentaires sont des maladies complexes. Des troubles de santé mentale qui se développent sournoisement en réponse à une multitude de facteurs de risque et d’événements particulièrement difficiles et stressants que peuvent vivre une personne. Il est faux de croire que tous les gens aux prises avec un trouble alimentaire s’inspirent des mannequins des magazines de mode et veulent y ressembler. Voilà une conclusion beaucoup trop simpliste! Même chose lorsque l’on entend dire que tous les mannequins sont anorexiques. Anorexique… un terme qui me sile à l’oreille et me déchire le cœur. Attention à l’utilisation de ces mots qui blessent. Une personne souffre d’anorexie. Elle se bat contre l’anorexie… mais elle n’est pas « anorexique ». L’anorexie ne définit pas la personne. Au-delà de la maladie, ces femmes ou ces hommes qui ont, trop souvent, perdu leurs repères, ont une personnalité qui leur est propre. Ils nourrissent des désirs, des rêves et des espoirs.

Et alors, d’où nous provient l’association troubles alimentaires et médias?

Revenons à notre sujet de départ : l’industrie de la mode et de l’image. Bien entendu, les messages que nous envoient les médias au sujet du poids et de l’apparence peuvent avoir un rôle à jouer sur la relation que nous entretenons avec notre corps et la nourriture, sur notre conception de ce que devrait être un homme ou une femme, ainsi que sur notre vision de la santé et de la beauté. Au-delà des images que l’on nous présente dans les magazines, sur le Web ou à la télévision, notre entourage reste le plus fort véhicule de ces messages. Et les médias nous offrent, à leur tour, en réponse à notre demande, des images qui font rêver… et vendre. Un cercle vicieux… sans fin! Nous sommes si habitués d’entendre sans cesse le même discours entourant le poids, le corps ou la féminité et la masculinité que nous en venons à intérioriser ces messages. Le simple fait de croire que nous ne sommes pas influencés par ceux-ci constitue la preuve de notre « assimilation ». Nous sommes en partie façonnés par les normes et attentes de notre culture. Et c’est normal! Se battre tous les jours contre des messages que l’on nous envoie depuis l’enfance n’est pas chose facile.

Les médias ont ainsi parfois un rôle à jouer, puisqu’ils peuvent encourager des idéaux irréalistes de beauté et nous laisser croire que le bonheur et le succès vont de pair avec la perte de poids ou le gain de masse musculaire. Les médias nous enseignent que le corps est un objet que l’on peut contrôler avec un peu de volonté et de discipline, grâce à certains régimes amaigrissants, machines des plus farfelues et entraînements assidus. Ce sont ces associations qui mèneront des milliers de personnes, chaque année, à entamer ou recommencer pour la énième fois un régime amaigrissant et à développer des comportements problématiques liés à l’activité physique et à l’alimentation. Comportements qui risquent de devenir de plus en plus rigides. Les obsessions liées au du poids et à l’alimentation peuvent se développer et amener la personne, tranquillement, à développer un trouble alimentaire (si elle présente aussi d’autres facteurs de risque (p. ex., psychologiques, biologiques), évidemment). Le fait d’entamer un premier régime reste le facteur de risque le plus important pour développer un trouble alimentaire.

La question se pose; comment empêcher ces fâcheuses répercussions? Il est utopique de croire que ces messages et images cesseront du jour au lendemain. Nous pourrions sanctionner les compagnies qui nous les proposent. Mais est-ce bien là LA solution? Surtout lorsque l’on sait qu’une bonne partie de la population croit et adhère à ces messages, et en est même porteuse?

La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée : une approche novatrice

Au Québec, nous encourageons l’industrie de la mode, la beauté et l’image à être un modèle. Nous l’invitons à être un agent de changement pour diminuer la pression socioculturelle liée au standard de beauté unique. Nous croyons que les gens des ces secteurs peuvent avoir une influence positive. Par l’intermédiaire de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, nous les invitons à poser des actions concrètes. Les compagnies qui souscrivent à cette charte s’engagent à promouvoir une image corporelle saine et diversifiée. C’est le cas du magazine québécois Clin d’œil qui, pour son 35e anniversaire, s’est doté d’une nouvelle ligne éditoriale. Depuis, Clin d’œil fait appel à des mannequins de différents formats corporels, âges et origines. Ledit magazine tient également sur le Web son blogue Vive la diversité CD. Un blogue où des sujets tels que la pression liée à l’image corporelle ou encore la diversité corporelle et l’estime de soi sont abordés.

Vous me direz que ce n’est pas énorme, et je vous répondrai que pour cette industrie, des actions comme celles de Clin d’œil représentent tout un défi et une avancée. Petit à petit d’autres compagnies emboîtent le pas, et le public salue ces initiatives.

Vous pouvez vous aussi prendre part au mouvement en signant la charte. Soyez critique face à ce que l’on vous présente.* Soyez un modèle pour votre entourage! Aidez-nous à sensibiliser les gens aux troubles alimentaires, leurs enjeux et leurs conséquences. Pour ce faire, Anorexie et boulimie Québec (ANEB) vous invite à prendre part au World Eating Disorder Action Day, le 2 juin.

Mélanie Guénette-Robert, responsable du volet éducation et prévention chez Anorexie et boulimie Québec (ANEB)

*Je vous invite à consulter et à utiliser, au besoin, le guide de l’Association pour la santé publique du Québec ( ANEB a participé à la révision) pour porter plainte contre les images et messages stigmatisants à l’égard du poids et images d’extrême maigreur.